Depuis
l'antiquité, en Ifrqiya (Tunisie actuelle) de nombreux artisans propagèrent
leurs techniques de tissage ainsi que des métiers à tisser
qualifiés de latins. Apulée fit ainsi l'éloge des étoffes
tissées d'or à Carthage alors qu'Hermippe l'athénien
vouait une même admiration pour les tapis et coussins brodés
dans cette cité. De plus l'Edit du Maximum qui citait déjà
le tapis d'Ifriqiya écarte tous les doutes de l'existence d'un art
perfectionné de tissage à l'époque de Carthage.
Le tissage
manuel transféré d'Egypte par l'échange commercial
des caravanes a été longtemps à la première
place des produits de l'artisanat.
Concernant
le tapis tunisien, cette oeuvre a trouvé son origine dans une longue
filiation. Il atteste d'une tradition urbaine, que le temps et les apports
successifs ont sans cesse perfectionnée. Rayonnant sur de nombreuses
régions de production, Sahel, Gabès, Bizerte, Kairouan, le
tapis cohabite avec de nombreux tissages du terroir, une véritable
tradition qui prend sa source entre vie nomade et monde rural. Témoins
de cet art de faire immémorial, les tapis, les mergoums, les hmels,
les Klims et autres variétés constituent une variété
siamoise, le deuxième visage de cet art séculaire du tissage
en Tunisie. La Tunisie était et reste une civilisation de textile.
Fileuse
ou tisseuse la femme passe des heures à manipuler fuseau et quenouille
ou bien à nouer des points autour des fils de chaîne, sans
se lasser, reproduisant des gestes répétitifs et éternels,
scandés par des chants mnémotechniques transmis de mère
à fille.
Le tapis
a toujours été à la fois objet de la vie quotidienne,
chose sacrée et oeuvre d'art.
Dans les temples du tapis que sont les magasins de vente,
des gtifs énigmatiques côtoient des
Kairouans prestigieux et des mergoums superbes
et de Klims attrayants.
L'immense richesse des tapis de Tunisie reflète
une civilisation de laine millénaire attestée
par les grands historiens.
Aujourd'hui, les activités de tissage traditionnel
occupent 163 000 artisans soit 61% de la totalité
de la population artisane.